Economie Exploitation des Mines sur le continent africain

Corruption et faiblesse structurelle des gouvernements limitent les profits des Etats

Publié le dimanche 24 juin 2012, par Foli Fafa

Pourvoyeurs de ressources du sous- sol dont le pétrole, le gaz et les mines occupent une place prépondérante pour la plupart d’entre eux, les pays africains tirent peu profit de l’exploitation de ces richesses qui, dans certains cas d’ailleurs comme en République démocratique du Congo (RDC), engendrent des conflits armés, analysent des experts et des responsables institutionnels.

Sur 54 pays, environ 40 concentrent les ressources minérales du continent, à en croire les analyses. Plus de 50 ans après les indépendances, la part de l’industrie locale dans ce secteur demeure cependant très marginale. Mis à part la société ghanéenne Ashanti, devenue une grande compagnie cotée à la bourse de Londres, aucune autre référence n’est faite concernant une telle autre initiative d’envergure.
Comme le relève l’avocat d’affaires américain John Williams et conseiller juridique de plusieurs pays du continent dont la RDC et la Guinée-Conakry, l’activité est répartie entre un secteur artisanal et informel où les nationaux exercent et un secteur industriel surtout dominé par les grandes compagnies étrangères, multinationales, avec quelques compagnies africaines.

Dans la liste des grands pays miniers, le juriste, interrogé par Xinhua, cite l’Afrique du Sud, le Botswana, le Ghana, la RDC et la République centrafricaine (RCA).
"L’Afrique du Sud a une longue tradition minière. Le Botswana est peut-être l’un des pays qui a eu le plus de succès depuis l’indépendance à construire un secteur minier qui est performant et qui a vraiment permis d’améliorer la qualité de la vie dans son pays", commente-t-il.

"On a vu beaucoup de réformes du droit minier à travers l’Afrique pendant les dix dernières années. Personnellement, j’ai travaillé sur le droit minier à Madagascar et en RDC. J’ai aussi conseillé d’autres pays dans la réforme de leurs législations minières. En général, il y a eu une libéralisation pour inciter l’investissement privé dans le secteur minier", observe-t-il encore.

Il observe surtout une prise de conscience sur l’impératif de concilier l’investissement avec le développement du secteur, concernant notamment la procuration des biens et services locaux, les revenus fiscaux et la redistribution de ces revenus au profit de la population. Acculés par des activistes de la société civile et des partenaires au développement, les gouvernements sont de plus e plus astreints à la transparence.
"Oui, il y a des revenus qui sont produits, des impôts et des royalties sont payés. Un des plus grands problèmes, c’est la transparence. Il faut que les gouvernements et les compagnies publient les productions qui sont faites, les bénéfices qui sont générés, les taxes et les redevances minières qui sont payées et les contributions au développement communautaire", suggère Williams.

Le pillage des ressources naturelles africaines ne date pas d’aujourd’hui, avec la complicité même des gouvernants, contre chèques garnis et villas cossues. Dans des situations de conflit armé, la braderie est accentuée. En RDC par exemple, souligne John Williams, du temps de la guerre civile de 1997-2003, les autorités avaient conclu beaucoup de conventions minières avec des investisseurs étrangers, parce que le gouvernement avait besoin d’argent pour payer son armée.

"Ils ont conclu des accords pour recevoir des paiements à l’avance auprès des compagnies minières, parce que coûte que coûte, ils avaient besoin de cash pour payer les soldes. En échange, ils ont donné de grandes surfaces minières et des exonérations fiscales pendant dix à vingt ans. L’entreprise de l’Etat a négocié les contrats avec le couteau à la gorge plus ou moins", mentionne- t-il.

Mais la paix rétablie, "il y a eu un héritage de spoliation qui demande de l’attention pour essayer de régler autant que faire se peut. Et c’est difficile, étant donné que les conventions ont été conclues. Donc, il y a des conséquences si on les abroge unilatéralement".

De l’avis de l’avocat d’affaires américain, "lorsque les gouvernements sont faibles, il y a des choses aberrantes qui se passent. Pendant une certaine période, le gouvernement de la RDC n’avait pas le contrôle entier de son territoire. Maintenant, le gouvernement a ce contrôle mais il n’a pas la même de force de contrôle dans l’Est ou le Nord-est du pays qu’il a à Kinshasa".
Pour un tel gouvernement, il est improbable de faire respecter ses lois dans les parties du territoire qui échappent à son contrôle, même s’il a le meilleur droit minier du monde.

En Afrique de l’Ouest, la secrétaire générale de l’Union du fleuve Mano (qui regroupe la Côte d’Ivoire, la Guinée-Conakry, le Liberia et la Sierra Leone), Dr Saran Daraba Kaba, comptabilise encore les conséquences des conflits sanglants sur l’exploitation des ressources minières.

"On a les plus grosses industries dans le domaine de la bauxite et le fer dans cette sous-région, mais l’exploitation n’est pas encore au niveau où on souhaiterait qu’elle soit", a-t-elle affirmé à Xinhua.

En cause, "nous avons eu quinze ans de guerre douloureuse au Liberia, nous avons eu douze ans de guerre en Sierra Leone qui sont documentées comme étant les plus cruelles du 20e siècle sur le continent. Les infrastructures ont été détruites, les ressources humaines, on a eu 250.000 morts pendant ces quinze ans. Donc, c’est une situation où il faut refaire le capital humain", rappelle la responsable institutionnelle.

L’Union du fleuve Mano couvre une superficie de 750.000 kilomètres carrés pour une population d’environ 50 millions d’habitants dont 30 millions sont des jeunes âgés de moins de 30 ans.

"Il nous faut des ressources humaines de qualité, une administration compétente, loyale, intègre. Il nous faut un minimum de technicité qui permet d’adapter ce que l’extérieur nous propose à notre patrimoine culturel", préconise Dr. Daraba Kaba.
Un autre grand défi pour les pays africains et qui fait débat réside dans le contrôle des bénéfices opérés par les multinationales dans des transactions spéculatives sur les marchés boursiers.

"C’est un problème auquel il faut trouver une solution parce que c’est en fonction de la valeur de la ressource qui est dans le pays hôte qu’on est en train de profiter pour obtenir des plus- values en vendant des actions en bourse, au Canada, en Australie, en Angleterre ou ailleurs", tranche John Williams.